Points clés :
Avec la croissance colossale du parc automobile prévue d’ici 2035, les technologies actuelles peuvent-elles permettre de réduire la demande énergétique et les émissions de gaz à effet de serre, et quelles sont les mesures requises afin d'en atténuer l'impact ? Cet article est extrait d'un livre blanc (voir lien ci-dessous).
La mobilité durable permet aux personnes et aux biens de circuler librement et en toute sécurité, en utilisant des sources d’énergie renouvelables et sans provoquer d’effets nuisibles pour la planète et son environnement. Ce n’est que récemment que les inquiétudes liées au changement climatique ont commencé à soulever des questions persistantes quant au style de vie mobile des nations développées modernes et aux implications de la multiplication des automobiles à l’échelle mondiale.
La mobilité mécanisée est devenue une composante essentielle de notre vie moderne. La prospérité économique est portée par les modes de transport des marchandises. Plus les marchandises peuvent être acheminées rapidement jusqu’au marché, plus la richesse découlant de la valeur créée par ces biens sera importante. Toute personne ayant accès aux communications modernes peut constater la liberté et l’étendue de la mobilité dont bénéficient les habitants des nations développées. Tout individu originaire d’une nation émergente et en développement aspire à disposer d’un niveau similaire de mobilité.
À l’heure actuelle, on estime à 800 millions le nombre de véhicules à au moins 4 roues en usage dans le monde. De nombreuses études sur la future croissance de ce parc estiment que sa taille devrait doubler d'ici 2050, avec tout ce que cela implique en termes de qualité de l’air, de consommation de carburant et de changement climatique. D’après les prévisions économiques, on s’attend à une croissance de la prospérité dans toutes les régions du monde. Les changements du pouvoir d’achat dans les diverses devises présentent une vision quelque peu différente de la première impression donnée par la richesse globale des pays (figure 2 du livre blanc). Par conséquent, les Japonais, les Européens, les Américains ainsi que les Chinois disposent d’un pouvoir d’achat bien plus grand que la croissance relative du PIB ne pourrait le suggérer au premier abord.
Ce modèle prévoit que le parc automobile en usage dans le monde sera de l’ordre de 3 milliards de véhicules d’ici 2035, soit 3,75 fois le parc actuel. En d’autres termes, presque trois à quatre fois la demande actuelle en espace physique, matières premières et carburant, et trois à quatre fois la quantité d’émissions toxiques contribuant au changement climatique (en assumant que les caractéristiques des véhicules et les distances parcourues chaque année restent similaires).
L’augmentation significative du parc automobile se produirait dans des régions où les infrastructures routières et de stationnement sont les moins aptes à accueillir un grand nombre de véhicules. La demande en carburant et en ressources naturelles serait énorme. Malheureusement, si la demande en termes de mobilité suit les tendances actuelles, le potentiel économique pointe effectivement dans ce sens, et les conséquences sont claires, réelles et lourdes. Aucune autre prévision n’a publiquement prédit un parc automobile en usage d'une telle ampleur. Les chiffres eux-mêmes sont tout simplement stupéfiants et les conséquences dépassent l’entendement. Le danger serait de nier le caractère plausible de ce scénario et de ne pas prendre les mesures nécessaires pour garantir qu’il ne se réalise pas. De toute évidence, appliquer notre modèle contemporain de mobilité au reste du monde n’est pas viable en termes de durabilité, et pourtant la plupart des nations du monde réclament exactement cela.
Il existe de fabuleuses avancées technologiques actuellement à notre disposition pour nous aider à minimiser l’impact du futur parc automobile en usage :
Par conséquent, le véritable bénéfice apporté par le déploiement de changements techniques combinés à des changements réalistes en matière de carburants ou d’émissions de CO₂ au sein du marché des véhicules autrement conventionnels est une réduction nette de l’ordre de 40 % en moyenne par véhicule en Europe de l’Ouest (étant donné qu’un peu plus de la moitié des nouveaux véhicules fonctionnent déjà au diesel) et d’environ 60 % partout ailleurs. Avec, selon les prévisions, un parc automobile en usage quatre fois plus grand et une demande énergétique nette pour les transports trois à quatre fois plus importante, ces bénéfices, aussi significatifs soient-ils, sont néanmoins insuffisants pour atteindre un véritable statu quo en termes de CO₂ et de demande en carburants fossiles.
Si le modèle de mobilité actuel se maintient, la demande énergétique pour les transports terrestres ainsi que les émissions de CO₂ dues aux carburants fossiles vont pratiquement doubler, et ce malgré le déploiement global de nos technologies de transmission les plus avancées et la limitation de la taille du parc automobile.
Le modèle de mobilité mondial doit plutôt changer pour adopter toutes ces solutions et bien plus encore. Une approche holistique doit englober des mesures politiques, de marché, réglementaires et fiscales afin de faire évoluer notre modèle actuel vers un nouveau modèle minimisant l’intensité énergétique fondamentale du transport des biens et des personnes. Ce que nous devons faire, c’est considérer les normes réglementaires actuelles pour la prochaine décennie comme un premier pas, et non comme l’objectif final. Ce sont les fondations sur lesquelles nous construirons la nouvelle ère de la mobilité.
Le défi qui nous attend consiste à reconnaître à l’échelle mondiale que ces choix sont nécessaires et qu’il convient d’agir suffisamment tôt pour que la transition vers cette approche holistique soit traitée comme une opportunité plutôt qu’une crise. Si nous ne l’enrayons pas, la demande économique naturelle en matière de mobilité dépassera notre capacité à la satisfaire et nous entrerons dans une ère de changement profondément turbulente : une crise des ressources, de la pollution et de la mobilité, avec toutes les conséquences politiques et économiques qui en découlent.
Lire aussi :
- Qu'est ce que la durabilité ?
- Qu'est ce que la mobilité ?
- La mobilité mise au défi par des tendances non-durables
Catégories : Biocarburants - Emissions - Energie - Mobilité durable
Mots clés : CO2 - gaz à effet de serre - Transport
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